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Les élections municipales de Mars 2008 ont envoyé trois conseillers municipaux communistes et républicains au Conseil Municipal d'Aulnoy-lez-Valenciennes. Ce blog a pour but de permettre aux jeunes et aux salariés aulnésiens de rester en contact avec eux.

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Avoir 20 ans à Toyota, un article de l'Humanité-Dimanche

Ils ont vingt ans, ils travaillent à l’usine

et ils voudraient « juste vivre ! »

 

 

Le 6 avril, plusieurs centaines de jeunes ouvriers de l’usine Toyota à Onnaing (Nord), dont la moyenne d’âge ne dépasse pas trente ans, se sont mis en grève pour obtenir l’indemnisation à 100 % du chômage partiel. Rencontre sur le piquet de grève le 16 avril.

 

A peine sortis du bac pro, le monstre les a avalés. Ils n’ont pas vraiment eu le choix. Ils bossent chez Toyota à Onnaing, à une dizaine de kilomètres de Valenciennes, dans le Nord. Une usine de 3200 salariés dont 2700 ouvriers, au milieu de nulle part. Ils ont des casquettes et des sweet-shirts à capuche, comme tous ceux de leur âge. Ils disent : « on ‘n’est pas des casseurs. On ne brûle pas de voitures. Le feu, là, on le fait pour quelque chose ! » Ils le font pour le piquet de grève. A quelques centaines, 300 à 500 selon les jours, ils sont en grève pour obtenir le paiement à 100 % des jours de chômage partiel. Du jamais vu sur le site du constructeur japonais ouvert en 2001. Le mépris du président de Toyota France, Didier Leroy, assénant qu’il préférait crever plutôt que de payer a fait oublier la peur.

 

« C’est notre grève à nous. Alors on fonce ! » a dit Laetitia, fine brindille d’un mètre cinquante. Elle a 21 ans, un bébé de 18 mois. Son compagnon est intérimaire. Sur l’estrade, alors que la pluie commençait à tomber, elle a pris la parole après Arlette Laguiller, Nathalie Artaud de Lutte Ouvrière et quelques syndicalistes plus chevronnés. « C’était impressionnant ! ». Mais elle n’a pas faibli. Laetitia est membre du comité de grève, qui regroupe des délégués de tous les ateliers et pilote l’action : « On est juste encadrés par les syndicats ». Il y a quinze jours, Laetitia était loin de tout ça. Même si depuis longtemps, elle était en colère contre les conditions de travail, les pressions incessantes. Elle arbore un badge CGT, parce que dans sa famille on est plutôt CGT. Pour la plupart des jeunes grévistes, « les syndicats », c’est la CGT et FO qui les soutiennent, alors que la CFDT ici c’est « le syndicat du patron ». « Aujourd’hui, on voit bien que ce que les chefs nous racontent sur les syndicats, ce n’est pas vrai ! » constate Jonathan, 24 ans. « Je vais rester proche d’eux après la grève. Je ne sais pas encore lequel je vais choisir. Mais ce qui me plaît là, c’est qu’ils ne sont pas en concurrence. »

 

Après les représentantes de Lutte Ouvrière, c’est Olivier Besancenot, le leader du NPA, qui prend la parole. « C’est important que les politiques viennent nous voir, ça fait venir les journalistes » commente Jonathan. « Il y a les télés, ça fait plaisir !». D’instinct, ils savent qu’un conflit peut se gagner avec l’appui de l’extérieur, de l’opinion publique, des autres ouvriers. Aujourd’hui, ceux de Sevelnor, de la Française de Mécanique, de Renault Maubeuge, de Renault Douai… sont là pour un barbecue de solidarité. « Avant on était dans notre bulle, on ne se rendait pas compte de ce qui se passait à l’extérieur » dit Damien, 24 ans. « D’autres de l’intérieur [de Toyota] voudraient nous rejoindre. S’ils ne le font pas, c’est par peur. Mais ils sont avec nous. On est unis. » Un peu plus tard, c’est Alain Bocquet qui passera pour les soutenir. Tous reconnaissent « le maire de Saint-Amand », peu savent qu’il est aussi député communiste. La politique, ce n’est pas trop leur truc. Mais Jonathan et Laetitia disent qu’ils iront voter aux élections européennes. « La grève nous a ouvert les yeux, on a compris qu’on peut bouger » constate Jonathan qui se dit prêt à regarder ce que proposent les uns et les autres. Surtout ceux qui sont passés sur le piquet de grève.

 

Ils ont vingt ans.et ils disent qu’ils sont fatigués. A cause du travail posté, du travail de nuit, des cadences, des pressions permanentes des petits chefs. « La vie de famille en prend un coup ! » regrette Laetitia. Il faut jongler avec les horaires, avec ceux du conjoint pour s’occuper des enfants. Il ne reste pas grand-chose pour les loisirs. « Je fais un peu de console, des sorties avec les copains » raconte Jonathan. «  Mais le sport, c’était quand j’étais jeune ! ». Il y a aussi le manque d’argent. 1200 euros net pour la plupart, 1500 euros pour ceux de nuit. Le chômage partiel c’est 200 ou 300 euros de moins sur les fiches de paie. « . Si ion enlève le loyer, les factures, on fait comment pour manger ? » s’insurge Laetitia. A 31 ans, Vincent ne se bat pas pour lui. « C’est pour nos familles, pour nos enfants. J’ai un fils de six ans. Avec 200 euros de moins, on mange quoi ? Ses doigts ? Je ne veux plus que mon fils mange un mois sur deux ». Laetitia poursuit : « Ce n’est même pas une augmentation que l’on demande. Juste nos salaires. On ne réclame pas tout et n’importe quoi. On veut juste vivre ! » Vincent renchérit : « On veut juste vivre dignement, on ne se bat pas pour du superflu, juste vivre ! »

 

Ils disent qu’ils sont des ouvriers. Des enfants d’ouvriers. Ils sont en grève parce que « le mépris, le non respect des ouvriers, on ne pouvait plus tolérer ça ! ». Ils disent de Toyota: « leur richesse, c’est nous. C’est notre travail. Cette usine, elle est à nous. » Ils ne sont pas encore syndiqués, le seront peut-être demain. Ou pas. Ils ne sont pas passionnés par la politique. Mais Mai 68 -des temps fort reculés pour eux -, ça leur évoque quelque chose. « On n’y est pas encore. Mais ça pourrait venir. Après tout on est encore qu’en avril ! » plaisante Damien. « C’est partout la merde dans les boîtes autour. Les fermetures, le chômage partiel, les gens en ont marre. » Au mois d’août, il aurait aimé partir « dans le sud » avec sa compagne et sa petite fille de trois ans. « Mais c’est mort, ce sera Valenciennes-plage ! » Des rêves ? « On n’en n’a pas vraiment quand on vit ce qu’on vit ». Tous les vendredis, ils sont une dizaine de son équipe à jouer à l’Euromillion. «Gagner, ça changerait la vie. On pourrait être propriétaires. Avec nos salaires, on pourrait obtenir un prêt de 130 000 euros pour acheter une maison mitoyenne des années 1930. Mais on ne peut pas se lancer maintenant. » Ses projets, c’était se marier, avoir une maison, avoir un enfant. Il a commencé par le bébé. « On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve, il vaut mieux avoir des enfants quand on est jeune ». Et il ne regrette pas  « C’est les enfants qui nous aident à supporter moralement. »

 

Enfin de journée, les jeunes grévistes ont réussi à bloquer le site et la production. Quoi qu’il arrive, ils disent qu’ils reprendront la tête haute. Qu’ils ont gagné la dignité.

 

Dominique Sicot

 dsicot@humadimanche.fr

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